Les critiques inexactes de l'astrologie.

Didier Fleury

L
L'astrologie est critiquée aujourd'hui peut-être plus que jamais, parfois de manière intéressante, souvent sans la moindre connaissance de ses fondements. Une D.C.A. scientifique dirige ses feux vers elle, et de façon parfois très virulente, dans l'espoir de la réduire en cendre, mais c'est en vain, elle survit. Les armes les mieux aiguisées traversent le fantôme sans le toucher comme si l'irrationalité, l'espoir et la croyance ne pouvaient décidément jamais être éradiqués du coeur de l'être humain. L'astrologie est qualifiée de "mythologie", de "croyance", au pire de "mensonge", et bien sûr de charlatanerie. Honte aux astrologues, nous dit-on, qui exploitent la crédulité des masses ! Les mots sont choisis : "crédulité", "croyance", "mythologie", "exploitation". Tapez le mot astrologie sur internet, et vous tomberez sur un fatras de sites ésotérico-lucratifs qui donnent raison à ses détracteurs, les meilleurs sites ne faisant pas la vedette. D'un autre côté, une certaine astrologie voulant défendre ses positions ne cesse de s'intellectualiser à grand renfort de concepts au point de perdre son objectif : être un art de vivre utile à quelque chose.
Mais Le tableau dressé par les détracteurs de l'astrologie est pourtant bien suspect, trop simple, trop partisan. Une "masse" ignorante d'un côté, et des manipulateurs de l'autre ! Et les astrologues, piqués, d'accuser les scientifiques de "terroristes de la pensée unique". Il serait bon de sortir de ces tirs croisés.

L'astrologie n'est en rien, dans sa dimension ésotérique et philosophique comparable à ce tableau. Il a toujours existé une astrologie populaire échevelée et lucrative et une astrologie humaniste et responsable. De plus, il existe une multiplicité d'astrologies et de pratiques.

Toute rencontre entre l'astrologie et l'astronomie est le terrain d'un enjeu existentiel, en ce sens que les astrologues veulent faire reconnaître leur art et les astronomes commenter le ciel sans qu'on les importunent avec l'astrologie, qui n'a selon eux plus aucun droit d'existence. Deux têtes d'une même Hydre ne s'entendent plus, et prétendent ne plus faire partie du même corps. Et c'est vrai. Astrologie et astronomie ont un discours différent, et n'ont ni les mêmes outils ni les mêmes visées. La différence est si radicale, mais si mal comprise, qu'on peut s'étonner de voir des scientifiques s'acharner à combattre l'astrologie au nom de la science, bien que ce refus ne fasse pas forcément l'unanimité parmi eux.

Nous proposons de montrer ici que la critique des scientifiques biaisent le propos de l'astrologie tant par une méconnaissance de la vraie pensée astrologique que par une défiguration de ses outils conceptuels. L'astrologie est très mal comprise parce qu'elle n'est pas monolithique, ce qui la rend complexe à cerner. Elle ne procède pas d'une démarche scientifique mais d'une connaissance pragmatique qui a des règles et une cohérence. Elle ne procède pas d'un regard qui sépare le sujet (l'être humain) de l'objet (l'univers) mais qui les unifie. Or nous disons qu'une certaine critique de l'astrologie manque absolument de culture de l'astrologie et de ce qui entoure son existence et son évolution historique.

L'astronome, quand il parle d'astrologie, entre dans un terrain dont il méconnaît la matière ou qu'il n'aborde pas du bon angle, et commet un abus de compétence territoriale en pensant que les bases astronomiques de l'astrologie lui en donne la licence. Mais peu au fait de l'astrologie elle-même, de son histoire, de sa pratique, de son élaboration, et de la conscience du monde dont elle est porteuse, il pourfend surtout ses propres fantômes, ses résidus inconscients pré-scientifiques (notre astronome, 2000 ans plus tôt, eût été astrologue car il n'y avait pas d'autre astronomie). L'astrologie est historiquement le refoulé de l'astronome, ce pourquoi les arguments anti-astrologiques sont nourris de rejet et d'incompréhension.
L'astrologie présentée comme une résurgence de l'obscurantisme est un leurre dont se servent - et sincèrement - ses opposants pour la rabaisser au niveau de l'horoscopie médiatique et en faire une chose vide aisément pourfendable. Tout cela empêche de comprendre la place de l'astrologie et d'accepter qu'elle existe comme une des expressions du rapport de l'Homme avec le cosmos et la vie.

Nous choisirons quelques arguments dans un texte de Christian Nitschelm & Raslan Leguet : "L'astrologie au crible de la science", et dans un texte de"François Biraud & Philippe Zarka appelé : "Sur l'astrologie : réflexions de deux astronomes". Les arguments des astronomes contre l'astrologie sont prolifiques. On en retiendra quelques uns. Commençons par la définition de l'astrologie selon les articles que nous mettons en cause : Nos auteurs commencent leur article par une définition des "fausses sciences", englobant naturellement l'astrologie. Doctrines de caractère ésotérique dépourvues d'une quelconque valeur scientifique, assimilables à des croyances ou à des impostures et basées sur des affirmations indémontrables et non vérifiables issues le plus souvent du domaine de l'irrationnel. Les adeptes de ces pseudo-sciences essayent de les faire passer, souvent avec virulence, pour des sciences à part entière. (Christian Nitschelm & Raslan Leguet). Définition ou volée de bois vert sadique ? En alignant de tels préjugés dans une fermeture implacable on ne peut produire qu'une définition partiale et envenimée. Sans doute eût-il fallu partir d'une définition plus objective. Des spécialistes de l'ésotérisme, comme Pierre Riffard, aurait pu la fournir avec plus de raffinement et de justesse.

La définition de la science troussée par nos auteurs est en revanche un tapis rouge débouchant sur un parterre de fleurs où l'on vit dans une chaleur éclairée ! Voyez plutôt : Science : Ensemble de connaissances et d'études d'une valeur universelle, caractérisées par un objet et par une méthode déterminée et fondées sur des relations objectives contrôlables, ainsi que sur des observations et des expériences répétitives vérifiables. (Christian Nitschelm & Raslan Leguet). On applaudit à cette incontestable définition qui l'emporte en justesse sur la contestable défintion de l'astrologie fournie par les mêmes auteurs. Le chaos de l'obscurantisme se dissipe quand on définit la science. Qui ne répugnerait à s'intéresser à l'astrologie décrite dans une telle définition ?

La vraie question qui se pose est celle du préjugé scientifique qui qualifie de "faux", "séduisant", "trompeur", "irrationnel", "mystique" ce qui ne relève pas de son investigation rationalisante. Ce qui est mystique et irrationnel (par rapport à quoi ?) doit être banni, à en croire les auteurs, de l'être humain raccourci en vision dont nos deux scientifiques aimeraient sans doute peupler la terre. Il s'agit là d'enfantillages qui n'existent qu'à cause de l'amalgame entre astrologie et horoscopes à grand tirage d'une part, et de la méconnaissance de la nature de l'astrologie d'autre part. Mais aussi à cause d'une très grande méconnaissance de la capacité historique de l'être humain à appréhender le monde selon divers niveau de conscience. La confrontation entre astrologie et anti-astrologie n'est nullement une question de bataille entre rationalité et irrationnel, mais entre manière d'observer le monde, donc de le vivre. L'astrologie est issue, comme tant d'autres choses, du rapport sacré que l'être humain a entretenu longuement avec l'univers avant l'ère scientifique. Sacré veut dire porteur d'unité verticalisante. L'astrologie, faut-il le répéter, ne procède pas d'une conscience qui sépare comme la science mais d'une conscience qui unifie, qui ne se voit pas
en-dehors du monde mais comme le monde. Il existe encore de nombreux représentants de cette conscience dans le monde, comme les aborigènes par exemple. L'astrologie intègre cela en son coeur même dans sa pratique moderne.

Certains scientifiques s'occupant d'étriller l'astrologie la présentent comme incohérente, ce qui pousserait les astrologues à des désaccords permanents entre eux. Souvent, les détracteurs de l'astrologie assurent que des découvertes, d'ailleurs pas forcément récentes, (par exemple les planètes Uranus, Neptune et Pluton) rendent nécessairement caduque le système astrologique. Cela seul montre une totale ignorance du mode d'intégration des savoirs astronomiques dans l'astrologie. Les trois planètes susmentionnées ont été intégrées à l'astrologie comme une classe de planètes spécifiques entrant tout aussi spécifiquement en rapport avec les autres planètes déjà présentes dans le système astrologique. Pour comprendre cette cohérence, il faut avoir étudié l'astrologie.
Qu'importe, c'est l'idée même d'astrologie qui consiste à référencer le psychisme humain sur l'univers environnant, essentiellement celui du sytème solaire, qui heurte l'esprit scientifique, parce que sa méthode à elle repose sur la séparation du sujet qui étudie et de l'objet étudié, principe initiateur de toute démarche scientifique.

Parmi les critiques adressées à l'astrologie, l'une d'entre elles nous dit que : "La notion de signe zodiacal, qui n'a plus aucun sens en astronomie moderne, est encore plus mal employée par les astrologues, par simple ignorance des mouvements apparents des astres et de certains mouvements particuliers de l'axe de rotation terrestre. La trajectoire apparente du Soleil en un an autour de la Terre définit sur la sphère céleste un grand cercle appelé écliptique. L'écliptique coupe ainsi quatorze constellations, de tailles très inégales, sur la sphère céleste avec leurs limites de 1930, en l'occurrence les Poissons, la Baleine (qui est simplement longée par l'écliptique) etc." Curieusement, les astrologues ne retiennent que douze d'entre elles pour en faire les douze signes, tous de taille égale à 30°, de l'astrologie européenne.". Les astrologues ont tellement répondu à ces arguments qu'il est inutile de recommencer. Si les signes étaient des constellations nous les aurions appelés des constellations. La confusion, il est vrai, est entretenue par l'astrologie à trois sous, mais ce n'est pas notre affaire ici.

Vient ensuite le service éculé de la précession des équinoxes : "À cause de l'un des mouvements de l'axe de rotation terrestre, appelé précession des équinoxes, les signes zodiacaux glissent lentement le long de l'écliptique dans le sens rétrograde par rapport aux constellations du zodiaque, bouclant une rotation en 25750 années. Ce lent mouvement fait que les signes zodiacaux ne correspondent plus depuis longtemps à leurs constellations associées. Par exemple, le Soleil ne se trouve pas devant la constellation du Bélier vers la fin mars, mais devant celle des Poissons, non loin de la limite avec celle du verseau.". Le zodiaque des astrologues occidentaux, celui des signes, se décale constamment par rapport aux constellations, à raison de 1° tous les 72 ans (donc 360° tous les 25800 ans environ). C'est donc, pour les détracteurs de l'astrologie, prouver que le zodiaque tropique des astrologues ne représente pas ou plus les constellations et les astrologues en sont d'accord. Le zodiaque représente des directions de l'espace. De nos jours, le début du signe du Bélier, situé au point vernal, pointe la constellation des Poissons. La projection du point vernal sur les constellations recule avec le temps dans la mesure dite de 1° tous les 72 ans. On appelle ce mouvement la précession des équinoxes. Mais enfin pour la critique de l'astrologie le zodiaque ne coïncide plus avec les constellations, et c'est semble-t-il une victoire contre l'astrologie.

La division du zodiaque en 12 est accusée d'être fantaisiste par rapport au nombre des constellations et eu égard à leurs irrégularités. Puis, le mouvement de précession des équinoxes rend l'astrologie de toute façon caduque.

Dans un texte intitulé "Sur l'astrologie : réflexions de deux astronomes.", François Biraud et Philippe Zarka écrivent, à l'attention des astronomes : "Rappelons l'origine de ce problème : l'écliptique est fixe dans l'espace (sur les durées qui nous intéressent ici), mais l'axe de rotation de la Terre a un mouvement de précession de période de 25800 ans environ. L'équateur -terrestre ou céleste - est entraîné dans cette précession, comme le sont ses intersections avec l'écliptique : les équinoxes. La précession des équinoxes provient donc du choix de l'origine des longitudes. Si on avait choisi, dans l'écliptique, une origine "fixe" dans l'espace (par rapport aux étoiles), les constellations seraient restées dans leur signe au cours du temps. En revanche, les influences du Soleil et de la Lune sur la Terre (saisons, marées) se seraient progressivement décalées par rapport aux signes et à leurs constellations associées. Il était tout aussi logique de mesurer les positions par rapport à l'intersection de l'écliptique et de l'équateur. La graduation de l'écliptique en 12 signes de 30° (zodiaque tropique ou saisonnier, par opposition au zodiaque des constellations) n'est donc rien d'autre qu'un repérage dans le ciel. Grâce à ce choix, malgré la précession, le beau temps, par exemple, revient (dans l'hémisphère Nord) lorsque le Soleil "entre dans le Bélier". C'est aussi à ce moment que l'on a des grandes marées. En revanche, les constellations se déplacent par rapport aux signes : on ne peut pas tout avoir !

Notons que cette utilisation purement géométrique du zodiaque évacue d'autres problèmes parfois soulevés par les opposants de l'astrologie :

- La nature tridimensionnelle des constellations dont l'aspect résulte d'une projection sur le ciel d'étoiles situées à des distances quelconques de la Terre.

- Les longueurs très inégales des intersections des constellations zodiacales avec l'écliptique.

- L'omission du 13e signe (Ophiucus, entre le Sagittaire et le Scorpion) dans la bande du zodiaque."

De la part des astronomes, voilà qui a le mérite d'être clair, et nous rendons hommage à ceux qui veulent bien éclaircir le terrain, même pour s'opposer à l'astrologie. Spécialistes des débats avec les astrologues, François Biraud et Philippe Zarka ont choisi d'attaquer l'astrologie sans surdité excessive. On trouve même dans leur travail quelques règles comportementales à suivre pour mieux contredire les astrologues !

L'astrologie n'ignore pas la précession des équinoxes, mais les astronomes l'accusent de l'ignorer ! Les astrologues tiennent compte de la précession des équinoxes dans leur système astrologique de diverses manières. L'astrologie parle en effet d'ère précessionnaire en se référant à la précession des équinoxes, et depuis fort longtemps, sans mélanger le zodiaque tropique différent de celui des constellations. Ptolémée déjà parlait du zodiaque sans étoile des astrologues. On ne peut que renvoyer au bon ouvrage de François Villée : Précession des équinoxes et pratique de l'astrologie pour le vérifier. Le zodiaque est un découpage de l'espace circumterrestre en 12 "portions" régulières, indiquant des directions de l'espace dont le sens, pour les astrologues, dépend d'une cohérence interne reposant sur le rapport soli-terrestre et les variations de déclinaison. Les astrologues n'ont pas à mettre à jour leur zodiaque tropique comme les astronomes mettent à jour les coordonnées d'ascension droite et de déclinaison des étoiles pour tenir compte de la précession et conserver des valeurs exactes. Il faut avoir étudié l'astrologie en profondeur, en tant que symbolisation de l'espace circumterrestre et des événements astronomiques qui s'y produisent, et non en tant que "fausse science astronomique" pour le savoir. Hélas, certains astronomes, constamment irrités par le langage imagé de l'astrologie, ne peuvent en approfondir paisiblement la signification, si toutefois cela les intéresse avant d'en faire la critique. Parler de l'astrologie comme d'une "fausse science astronomique", c'est n'avoir absolument pas saisi le sens de l'astrologie. L'astrologie actuelle ne fait pas d'astronomie. Elle ne s'occupe pas de quantifier l'univers mais de le qualifier pour nous-mêmes. On reviendra encore dans cet article sur ce point.

Un autre des arguments contre l'astrologie est celui de la "prétendue influence des planètes sur l'être humain". S'il y a influence, disent Christian Nitschelm & Raslan Leguet, "de quel type ? Il n'est actuellement connu que quatre types de forces fondamentales : l'interaction forte, l'interaction faible, la force électromagnétique et la force de gravitation. Dans quel type de force fondamentale est-il possible de classer ces influences astrales ?". L'astrologie ne fait pas allusion aux quatre forces fondamentales. Le terme d'influence, qui n'est d'ailleurs plus guère employé en astrologie, a été usité pour décrire cette correspondance particulière que l'astrologie pense constater entre la formation des contextes terrestres et les configurations célestes. La notion d' "influence" est encore parfois employée du fait de l'héritage ancien de l'astrologie qui plonge ses racines dans des temps antiques. Le sentiment qui réside au coeur de l'astrologie est que notre vie est rythmée organiquement et psychiquement dans le temps et dans l'espace du système solaire. Cette identité structurelle est constatée par l'astrologie qui, c'est un fait, n'apporte pas d'explications, ce qui ne devrait pas motiver le rejet. Car elle peut être mise à l'épreuve. L'astrologie n'est pas science mais connaissance. Elle relève d'une prise sur le monde par notre conscience ontologique. Certains astrologues de grande qualité se sont orientés vers la recherche d'un pont entre science et astrologie. Mais cela ne change pas la nature si spéciale de l'astrologie, connaissance de soi et du monde en même temps (co-naissance) qui s'exprime en symbole. L'astrologue Selva, en 1918, dans ses
Quelques considérations sur la véritable portée des prédictions astrologiques, assuraient déjà que "si les astrologues emploient communément l'expression d'influence astrale, c'est uniquement par tradition et pour une raison de commodité. Car il leur a été impossible jusqu'ici d'identifier cette influence supposée avec aucune des formes de l'énergie ou de la mettre directement en évidence comme une forme nouvelle (...) Mais enfin les choses semblent se passer comme si cette influence existait".

Citons le spécialiste d'astrologie Yves Christiaen : "
L'Astrologie est un système qui prétend qu'il existe entre les choses célestes et les choses terrestres des liens que ne connaissent pas la Physique et l'Astronomie, un système qui se base sur l'analogie et qui s'exprime en symboles, de surcroît un système qui ne recherche pas tellement une explication mais plutôt une "signification". Il en découle que "l'argument de l'accoucheur", avancé à la fois par François Biraud et Philippe Zarka d'une part, et Christian Nitschelm & Raslan Leguet d'autre part, car cet argument lancé un jour par un astronome a fait le tour du monde, s'il est pertinent d'un point de vue, ne l'est pas dans un autre. Cet argument consiste à dire que l'accoucheur d'un enfant exerce plus d'attraction, donc plus "d'influence" sur le nouveau-né que n'importe quelle planète car la loi bien connue de l'attraction donnera plus d'importance à l'accoucheur ! Alléguer la physique newtonienne ne fait pas avancer la grande question que pose l'astrologie. A moins que l'accoucheur ne soit le père du bébé, quelle importance structurelle peut-il avoir sur le nouveau-né ? L'accoucheur comme le bébé sont tous deux issus de la formidable capacité de l'univers a créer notre complexité, et ne sont pas issus "fractalement" l'un de l'autre comme l'entend l'astrologie de notre naissance dans l'univers. Il ne semble pas non plus que l'accoucheur présente un rythme sidéral régulier pour l'enfant, ni qu'il soit équivalent pour lui au rapport de la Terre au Soleil qui fera tout au long de sa vie ses nuits et ses jours. Nous avons là un cas typique de "déplacement" de la question astrologique par ceux qui ne l'entendent pas correctement et n'en ont pas la moindre expérience. La question en astrologie n'est pas la "masse" des planètes. Si c'était le cas, l'astrologie n'étudierait pas des points sans masse dans le thème, comme les noeuds nord et sud de la lune. À ces endroits significatifs du thème, point de planète et point d'accoucheur non plus. Les choses se présentent d'une façon plus complexe, et se comprennent à l'égard d'un système en mouvement, fait d'interrelations, et dans lequel la terre est intégrée à tout instant. L'astrologie parle de cette intégration. L'astrologue fait un rapport analogique entre la situation d'un être humain dans son milieu terrestre et la Terre dans son milieu cosmique. Il ne prétend pas qu'il y ait un rapport de cause à effet entre les planètes et ce qui se passe sur Terre, ni que les corps célestes aient des intentions particulières (Nous savons aujourd'hui que Mars n'est pas guerrière disait un jour un astronome convaincu de la niaiserie de l'astrologie mais pas de son ignorance en la matière). Il y a même clairement un vide d'explications sur le pourquoi ça marche. L'astrologie relève d'un usage traditionnel. Au mieux l'astrologue fonde son interprétation sur la conviction que l'être humain est façonné depuis son apparition sur Terre par les rythmes du cosmos, dans sa confiance qu'il n'y a pas de séparation radicale entre l'homme et l'univers, mais plutôt une unité qui se diversifie en règne cosmique, terrestre, humain, animal, minéral. Pas une seule tradition spirituelle au monde qui ne parle d'une façon ou d'une autre de cette unité ! Ce dont manque les critiques rationalistes de l'astrologie c'est la pratique, ce qui occasionne un hiatus perpétuel entre détracteur et expériencieur de l'astrologie.

L'astrologie est souvent attaquée comme étant porteuse d'un déterminisme rabaissant. Il s'agit d'un stéréotype qui n'a rien à voir avec la réalité de l'astrologie, véhiculé par les médias et quelques astrologues rudimentaires jouant sur des peurs. Ce n'est pas l'astrologie qui est déterministe en soi, mais les croyances éventuelles des civilisations et des cultures qui en font usage depuis des millénaires. La grèce antique, avec ses tragédies, raconte comment des héros sont vaincus par des forces inéluctables sans rien devoir à l'astrologie. L'astrologie ne fait qu'hériter de la conception que l'homme a de lui-même au sein de la nature. Elle n'est en soi que relations structurelles et cycliques entre des éléments porteurs de significations pour l'astrologue. L'interprétation entreprise à partir de ces éléments et de leurs interrelations dépend de la culture de l'astrologue et des conceptions que son époque se fait de l'homme et de sa liberté. Penser que l'astrologie aujourd'hui serait déterministe est une erreur. L'astrologie actuelle est même plutôt tentée de nous aider à sortir de nos déterminismes en posant clairement le rôle de nos choix, à condition d'être pratiquée dans un milieu culturel qui a acquis la notion de libre-arbitre. L'astrologie n'est ni une ni unie dans sa pratique encore une fois. Elle a existé et existe sur toute la surface du globe avec des sensibilités très variées. L'astrologie de nos jours serait plutôt porteuse d'une notion de liberté humaine au travers d'une interdépendance synchronique avec le système solaire qui nous entoure. L'idée n'est choquante que pour une conception de la liberté faite d'une indépendance absolue, d'un non-lien qui relève du fantasme (avez-vous le choix de l'heure et de la saison qu'il fait au moment et à l'endroit où vous lisez ces lignes ?). L'astrologie est beaucoup plus nuancée là-dessus, mais ne nie en aucun cas la notion de liberté et de conscience.

On peut reprocher à l'astrologie ses erreurs prévisionnelles, mais sans oublier ses réussites pour lui rendre justice. Ce ne sont pas les événements qui sont prévisibles mais les pressions contextuelles qui les font survenir. Nous pouvons avoir des réponses inventives aux configurations astrales, qui vont donner tort à l'astrologue imprudent. Pourtant l'astrologie permet de saisir, avec une précision qui n'est pas négligeable, qui étonne et fascine le connaisseur, le canevas des situations en appliquant des règles d'interprétation et un principe simple : ce qui est en bas est comme ce qui est en haut. Les fondements métaphysique de l'astrologie sont écrits dans un des textes les plus fascinants et les plus beau de la littérature hermétique : la table d'émeraude. Il paraît difficile de refuser à l'humanité d'avoir cette tradition encore vivante.

Enfin, on trouvera dans le parterre critique de nos astronomes la fleur de l'ignorance en matière d'astrologie : "Depuis l'Antiquité, la vision astrologique du monde est toujours restée figée, voire engluée, dans un géocentrisme purement aristotélicien, en totale contradiction avec la vision moderne de l'Univers. Cette simple constatation enlève toute validité scientifique et toute crédibilité à un édifice basé sur une vision cosmologique antique et médiévale complètement dépassée, qui plaçait la terre au centre d'un univers fini de petite taille, ainsi que sur une soi-disant position privilégiée de l'Homme dans le Cosmos. En effet, le Soleil, pas plus que la terre, n'occupe aucunement le centre de l'univers". (Christian Nitschelm & Raslan Leguet). L'astrologie s'intéresse à l'être humain, et le place très légitimement au centre de son univers et non de l 'univers, car elle regarde comment nous voyons et comment nous percevons. C'est assez dire que l'astrologie s'intéresse à la subjectivité d'un individu, et pour reprendre une expression du génial astrologue Rhudyar,
au monde tel qu'il touche nos sens. Nous voyons tous les jours le soleil et les planètes tourner autour de nous, parce que nous sommes en situation quelque part sur terre. Nous vivons l'univers à partir du corps de notre planète. C'est l'étude de cette situation qui est l'objet de l'astrologie et de ses extensions. Le "thème" ne décrit pas le monde tel qu'il est objectivement mais tel qu'il est perçu et vécu. Par conséquent, la vue géocentrique est celle qui convient aux astrologues, et aucun d'eux n'ignore, à notre grand soulagement, que le soleil est au centre de notre système planétaire ! Les astrologues se sont-ils d'ailleurs opposés à la vision copernicienne du monde, comme l'Eglise et l'université du XVIe siècle ? Ils en ont plutôt fait la promotion ! Copernic confia son manuscrit à Rhéticus, un ami astrologue, qui le fit imprimer le 25 mai 1543, le jour de la mort de Copernic qui échappa sans doute ainsi à la fournaise du bûcher. D'autres astrologues ont défendu le système de Copernic, dont Képler lui-même qui n'a évidemment jamais été embarrassé par l'héliocentrisme puisqu'il comprenait parfaitement la nature de l'astrologie. Au XVIe siècle encore l'astronomie et l'astrologie n'étaient point divisées, et l'astronome pas encore hostile à l'astrologue. La dissension ne commença véritablement qu'au XVIIe siècle lorsque Colbert interdit aux astronomes de mêler l'astrologie à leur science. De son côté, l'astrologie est restée cohérente avec elle-même en perpétuant une vision géocentrique dans son art. Qualifier l'espace comme le fait l'astrologie avec les signes du zodiaque n'aurait aucun sens si l'on ne partait pas du point de vue de la personne humaine ! Où existeraient les qualités du zodiaque si ce n'est pour un être humain placé en son centre ? L'astrologie est la discipline qui étudie comment la première impression que nous avons du monde contribue à nous construire. Cette impression est forcément géocentrique. L'ignorer, comme le font nos deux astronomes, c'est assez montrer que l'on pourfend une étude dont on n'a pas compris la conception première.

Nitschelm & Leguet, d'évoquer alors le reniement de l'astrologie par l'Eglise et ses Pères, comme une preuve de bon sens. "Le déterminisme, même astrologique, étant contraire à la notion religieuse de libre choix pour le salut de chaque individu", écrivent-ils sur le ton du prêche. Les Pères de l'Eglise ne sont pas aussi simplement qu'on le prétend anti-astrologiques, loin s'en faut ! Il faudrait fréquenter leurs oeuvres pour le savoir. Albert le Grand (saint et docteur de l'Eglise) estimait ainsi qu’
il existe en l’homme un double ressort d’action, la nature et la volonté ; et la nature est gouvernée par les astres tandis que la volonté est libre ; mais si la volonté ne résiste pas, la nature la submerge et elle devient alors purement mécanique (extrait cité par Rupert Gleadow dans "Les origines du zodiaque", collection Stock, page 57). Nos scientifiques sont prêts à trouver caution dans tous les tiroirs, même dans ceux qui leur ont déjà pincé les doigts ! Les mânes des malheureux astronomes brûlés par l'Eglise, pour avoir soutenu un système héliocentrique, auraient plus de raison de se faire une ennemie de l'Eglise d'antan que de l'astrologie moderne. L'Eglise a imposé sa conception du monde par le feu et le sang. Le refus de l'astrologie au nom de la religion ne semble pas un argument très convaincant, d'autant moins que le christianisme regorge de symboles astrologiques ! Il y a douze apôtres, douze tribus d'Israël, comme il y a douze signes. Les douze signes ne relèvent pas d'un simple comptage de constellations, mais d'une division numérologique porteuse de sens, et semble-t-il inspirée par les douze années nécessaires à Jupiter pour parcourir l'écliptique, le Dieu Mardouk des Mésopotamiens. L'Eglise ne chassant plus ni les astrologues, ni les astronomes, nos éradicateurs d'astrologie pensent pouvoir interdire la pratique au nom des Droits de l'Homme ! Ces Droits sont justement des Droits ! Ils n'ont pas été écrits pour servir à une drôle d'intolérance allergique mais afin de s'opposer à la barbarie, à la torture, à l'oppression injuste et cruelle dont l'homme a fait les frais tout au long de son histoire, et en particulier pendant les dernières guerres mondiales qui en ont suscité la rédaction moderne. L'astrologie est une réalité socio-historique (je reprends les termes de E. Mailly Nesle). C'est une partie de notre culture au coeur même de toute l'humanité, de toutes les cultures sans exception. Prétendre la balayer est assez ridicule et relève de l'intolérance plus que de la raison. Chacun a le droit de s'intéresser à des perceptions du monde originaires de l'antiquité et des anciennes traditions, largement améliorées et retravaillées par les modernes, et d'en faire profiter ceux qui d'un plein accord le souhaitent. Ou alors ne lisez plus Platon et méprisez ses Idées !

Le respect pour la religion qui se dit parfois dans les ouvrages d'astronomie de vulgarisation est assez symptomatique d'une véritable sociologie de la science. On fait allusion à la religion comme ayant son domaine légitime et intouchable. Respect ! C'est le domaine irréductible de la "foi". Scientifiques et religieux se sont partagés paraît-il l'après et l'avant Big Bang. Ils ont fait la paix. Il est vrai aussi que L'Eglise est une institution toujours fort puissante, et il serait mal venu d'être subsidié par l'Etat pour aller l'importuner ! Mais l'astrologie qui n'a aucune subvention pour survivre, peu de tribunes pour s'exprimer, et qui est ridiculisée dans n'importe quelle émission radiophonique ou télévisuelle est une souris agréable à chasser... Personne ne viendra vous contredire et certains scientifiques de penchant scientiste ne peuvent clore leurs ouvrages destinés au public cultivé sans avoir égratigné l'astrologie à laquelle il ne connaissent rien puisqu'il n'y voit qu'une grande baliverne qui ne mérite pas leur attention. Montrer publiquement que la science mène à cette fermeture parfois agressive est regrettable. On ne doit pas mélanger les domaines de l'astronomie et de l'astrologie pour commencer à comprendre quelque chose de la dernière. Les astrologues ont encore du travail pour faire connaître que l'astrologie présente un intérêt quand elle est bien apprise, et qu'il n'est pas nécessaire d'être cinglé pour en aimer le message. Certains d'entre eux sont aussi responsables par leurs attitudes et leurs déclarations insensées de cette mauvaise appréhension du sujet. Mais des gens du meilleur niveau culturel et scientifique, des êtres de raison en somme, s'intéressent à l'astrologie pour son intelligence admirable figurez-vous ! Le zodiaque à lui seul, qui n'est qu'une partie de l'astrologie, est un ensemble remarquable de description du vivant et des processus à l'oeuvre dans la psyché humaine pour qui s'y plonge vraiment. Mais l'ouvrage est exprimé en symboles. Les allergiques à cette forme d'expression devront s'abstenir car tout y est dit sur ce ton-là. Ce don de l'humanité à elle-même qu'est la pensée symbolique avec sa remarquable souplesse, voudrait-on l'éradiquer parce qu'on ne la comprend plus ? Allons ! Ajoutez alors dans cet autodafé parricide les ouvrages de tout le monde antique ! Ce n'est pas à votre curiosité que cela manquera. Les termes même d'Albert le Grand disant que "la nature est gouvernée par les astres" éveille par leur fatalisme une certaine stupeur aujourd'hui. Ici se trouve bien sûr le lit de la critique astrologique. Mais ce vocabulaire ne s'emploie guère de nos jours. Il est associée à une pensée antique sur le monde. Il s'agit par ces termes de constater la correspondance entre l'homme et l'univers à la manière dont les Anciens en étaient capables. Or l'Antiquité se réfère à des dieux pour comprendre le monde. Quiconque a lu Jung n'a plus besoin d'explications pour comprendre que ces dieux sont des projections de la structure de notre psyché. Il importe peu que l'homme croyait ou ne croyait pas être gouverné par le ciel. Il importe seulement qu'il étudie depuis toujours la correspondance entre lui-même et les mouvements célestes. L'astrologie n'est pas une croyance mais une expérience qu'une personne qui l'étudie fait des correspondances entre les événements et les mouvements célestes. Stephen Arroyo cite Johannes Kepler qui aurait dit : "C'est l'expérience infaillible de l'harmonie entre les événements terrestres et les changements célestes qui a instruit et forgé malgré moi ma conviction". Notons bien que Képler ne parle pas de croyance mais bien de conviction et d'expérience. La nuance est appréciable. Le même auteur cite Ralph Waldo Emerson : "L'astrologie, c'est l'astronomie ramenée sur terre et appliquée aux affaires humaines". On peut éprouver un vif déplaisir à cela quand on est astronome, c'est entendu.

Que l'usage de l'astrologie soit parfois mis en question, oui. Les astrologues luttent contre les pratiques dangereuses de l'astrologie. Pour cela, ils ont créé des écoles disposant de cursus complets, et font valoir un code déontologique indispensable.

L'astrologie n'est pas une science selon l'acception que ce terme a pris aujourd'hui. D'un autre côté, il est important de cesser de confondre l'astrologie médiatique divinatoire, avec l'astrologie savante, comme on dit, dont le contexte philosophique d'exercice, d'application et d'apprentissage est absolument différent. L'astrologie a toujours eu un courant populaire. Ce n'est pas cette astrologie qui doit être au coeur du débat, pas plus que la collection de romans d'amour à l'eau de rose Arlequin ne doit figurer dans une histoire de la littérature !

Certains astrologues aujourd'hui recherchent un lien entre l'astrologie et certaines disciplines scientifiques. Leur travail est du plus grand intérêt, et apportera sans aucun doute des contributions importantes. Mais en astrologie, un même symbole ne renvoie décidément pas à une signification unique. Sa vraie nature est la polyvalence, une efflorescence structurée, qui n'est pas désordre mais déclinaison selon différents niveaux de lecture. L'Astrologie Structurale de Christian Duchaussoy fait partie des écoles qui montrent toute la cohérence du système astrologique. Il n'y a qu'une astrologie : celle dont le discours est articulé par des règles et des connaissances cohérentes soutenu par l'intuition et la connaissance de la vie.

La validité de l'astrologie ne peut être que réfutée par ceux qui travaillent sur les niveaux quantifiables de la réalité. Comment pourrait-il en être autrement ? Le simple accueil d'une validité possible de l'astrologie est tout simplement inacceptable du point de vue du scientifique qui la taxera de "croyance" (alors que la religion est paraît-il une affaire de "foi" !).

L'astronome doit accepter que l'interprétation astrologique ne relève pas de sa compétence, même si l'astrologie s'appuie sur le réel astronomique. Un esprit scientifique peut croire en démontrer la fausseté avec un outil intellectuel qui n'est pas approprié pour en comprendre la nature. Il ne peut pas plus y parvenir qu'en traversant le désert en bateau ou la mer à dos de chameau. À chacun ses outils de pensée, faute de quoi l'on se montre plus ignorant qu'on ne le croit. L'astrologie se comprend avec un niveau de regard et de conscience qui n'est pas identique à la pensée scientifique.
Son champ de compétence n'est pas dans l'objet extérieur (par exemple une planète) ni dans la subjectivité pure de l'être humain, mais dans le rapport entre les deux. Elle unit l'interne et l'externe et se situe entre-deux. C'est pourquoi elle est interprétative et symbolique (la fonction du symbole est étymologiquement de faire le pont). L'astrologue ne fait que parler de la façon dont une personne perçoit le monde. Quand je comprends comment je perçois le monde je me connais.
L'astrologue anglais Alan Léo a magistralement exprimé le principe de son art : "le premier principe sur lequel repose la science de l'astrologie est que l'univers est en fait ce que ce terme implique, soit une unité ; et qu'une loi qui régit une portion de cet univers peut également s'appliquer à ses autres parties".

Didier Fleury.