L'invention du zodiaque
par Jean-Pierre Nicola

Remerciements à Jean-Pierre Nicola pour son autorisation à publier ce texte.

Au début du siècle, la raison s’obstinait toujours à gouverner pour diviser. Elle séparait, découpait, mutilait, mettait en pièces et en parties. Aujourd’hui, elle se ravise et tente de raccommoder ses porcelaines.
Le trio du corps, de l’âme et de l’esprit, qui ressemblait à une pyramide bien assise, avec son spécialiste pour chaque face, intéresse maintenant autant le médecin et le psychologue que le philosophe savant. Il n’est plus question de faire du découpage, on recolle pour voir grand, voir de haut.

Les essais de synthèse abondent: on assemble, on rassemble, tant pis si l’on mélange. Au bout de la matière, les scientifiques — pas tous — retrouvent l’esprit ou bien un genre de « psychisme électrique ». Des religions nouvelles apparaissent, soucieuses d’être accordées aux dernières découvertes. Le goût de l’unité est revenu au pas de charge. Qui sait où sont passées les frontières entre le corps et l’âme? Ce n’est pas la psychosomatique qui nous le dira...

La fille du ciel, l’astrologie, n’échappe pas aux flux et reflux de la pensée universelle. À l’origine, fortement liée à l’astronomie au point d’être prise pour elle (la différence n’existait guère), elle a connu son temps de division. Depuis, il paraît incongru de croire que les planètes des astronomes soient exactement celles des astrologues. Or, puisqu’il s’agit bien des mêmes, il doit être possible de passer, à la manière des Chaldéens, premiers astronomes astrologues, de la réalité observée à la réalité significative. En astrologie, comme en psychosomatique, le retour à la cohésion du corps-âme a permis de reformuler les signes du zodiaque, les planètes et les symboles. Il suffisait de retrouver les vieux chemins oubliés: interpréter ce que l’on voit, mais voir vraiment ce qui se passe dans les mouvements du ciel; ce sont eux qui signifient l’âme. Chaque fois qu’un problème de définition se pose, le plus simple est de fermer son livre et de regarder en l’air, la nuit de préférence, et par temps clair.

Astrométrie

Vous verrez beaucoup plus que 36 étoiles. Mais approximativement, à l’œil nu, n’espérez pas dépasser les 5000 à 6000 étoiles, alors qu’avec une bonne paire de jumelles vous pouvez passer de 50 000 à 100 000. Les catalogues de position d’étoiles, établis d’après des clichés photographiques, peuvent aller jusqu’à 319 0000 étoiles qui ont des caractéristiques différentes en masse (quantité de matière), en rayon, en éclat... Elles nous fuient, elles se rapprochent, elles s’assemblent et se séparent, naissent et meurent comme autant de soleils révolus. Le nôtre aurait encore quelque 50 milliards d’années devant lui. L’art et la bonne manière de classer les étoiles, répertorier les galaxies, occupent les astronomes. Ils ont aussi à compter les vitesses de fuite des étoiles et galaxies, tenir à jour le nombre de quasars, pulsars et trous noirs.

Pour ne pas vous perdre dans cet univers, vous pouvez imaginer une hiérarchie donnée par les distances et par un accroissement d’objets. Le cas élémentaire est celui de la planète avec ses satellites. Nous avons ensuite une étoile et des planètes, ce qui est le cas du système solaire. Puis des amas d’étoiles, des galaxies et des amas de galaxies. L’ensemble ressemble sans doute à l’univers, On y tourne sans cesse : sur soi-même et autour d’un autre centre qui tourne également autour d’une «hiérarchie supérieure ». Il est donc imprudent d’oublier le mouvement pour décrire et comprendre notre monde.

Toujours dans l’espoir de se situer par rapport à l’immensité, les astronomes imaginent des mesures relatives en adoptant des échelles de réduction. Supposons que la longueur de 1 cm devienne égale à 1 million de kilomètres: le système solaire tiendrait dans un carrefour ; le Soleil ne serait pas plus gros qu’une bille de 1,4 cm de diamètre, la Terre en serait éloignée de 1,5 m avec un diamètre de 0,1 mm. Pluton, à 59 m du Soleil, se trouverait réduit à une poussière trois fois plus petite que la poussière Terre. La première étoile proche du système solaire se placerait alors à 410 km environ... C’est vous dire si nous sommes peu de chose en comparaison avec les étoiles. Heureusement, par rapport aux atomes, chacun retrouve son importance ! Dans l’univers, tout s’équilibre. Il ne faut pas plus oublier les lois du mouvement que les lois de l’équilibre. Avec ces principes d’équilibre et de mouvement en mémoire, vous faites déjà de l’astrologie, qui n’est rien d’autre que l’application à l’homme des grands principes universels. Nous mettrons ces principes en pratique pour définir les signes et les planètes, puis pour les interpréter.
Le mouvement et l’équilibre demandent de l’imagination. Laissez libre cours à la « folle du logis » tout en conservant l’équilibre...

Pour repérer les étoiles dans le ciel, imaginez que leur lumière arrive, en même temps, sur une sphère transparente composée de deux vastes coupoles, l’une d’hémisphère Nord, l’autre d’hémisphère Sud, ladite sphère étant ainsi partagée par l’équateur céleste. Observez une mappemonde. Vous y trouverez, consciencieusement tracé, un équateur terrestre. Celui-ci a pour rayon le rayon moyen de la Terre. Changez ce rayon, n’hésitez pas, donnez-lui l’infini: vous aurez l’équateur céleste. C’est vrai, il n’a pas de rayon. On en est dérouté, à tort. En astrométrie, les distances ne comptent pas, ou comptent moins que les directions. L’équateur céleste a les mêmes directions que l’équateur terrestre. Les astronomes disent qu’ils sont dans le même plan.

Les corps célestes, astres, étoiles, galaxies, peuvent donc se repérer et se situer sur une sphère céleste partagée par un équateur ou circonférence médiane de rayon indéfini. Si vous convenez que la direction d’une étoile située sur l’équateur céleste est égale à 0 (elle est dans le plan), vous pouvez situer n’importe quelle autre étoile par rapport à ce plan en mesurant son angle d’élévation ; vous aurez ainsi mesuré une déclinaison. On convient que la déclinaison est Nord pour les étoiles comprises entre le plan équatorial céleste et l’étoile polaire, c’est-à-dire l’étoile la plus proche du Nord céleste ; la déclinaison est Sud pour les astres et étoiles compris entre le plan d’équateur céleste et le pôle Sud céleste.

Avec un peu de réflexion, vous en déduirez que l’on a mesuré un angle dans le ciel, qui implique deux directions : celui de l’étoile et celui de ce grand cercle sans rayon que l’on nomme le plan équatorial. En astrométrie, tout est affaire d’angles... en astrologie aussi.

On peut situer les étoiles en mesurant l’angle de chacune d’elles, formé avec le plan équatorial (déclinaison Nord ou Sud), mais on peut aussi les situer en mesurant les angles qu’elles forment entre elles. Dans ce cas, si l’on a affaire à un groupe d’étoiles rapprochées, on obtient des constellations.
Mettez-vous à la place des Anciens, astrologues astronomes. Ils ont devant eux, dans la nuit claire de l’été, un groupe d’étoiles très proches les unes des autres. Ils les réunissent en un seul dessin qui ne peut guère aller au-delà du champ de vision d’un homme et qui correspond à l’angle de vision centrale, de 30° à 45°. On ne connaît pas — et pour cause — de constellations réunissant des étoiles situées dans un angle de 90° ou 180°. Les constellations sont des étoiles groupées par le regard... Les oiseaux, dont le champ d’ouverture est plus large, auraient conçu d’autres constellations, plus larges... Les nôtres témoignent de notre angle de vision.

Il était donc normal, humain dirons-nous, d’assembler des étoiles voisines en direction pour former des « constellations », c’est-à-dire des figures géométriques témoignant de l’imagination des hommes. Il suffit de se donner six points: chacun peut en tirer une figure différente. En Chine, et parfois en France, notre Grande Ourse s’appelle la « Casserole ». Cette constellation, formée de sept étoiles de brillance différente, peut suggérer une casserole ou un mammifère plantigrade. On peut également y voir un cerf-volant ou composer une autre figure avec des étoiles voisines. En somme, les constellations, par les noms qui les désignent comme par leur étendue, sont affaire de visions différentes.
Des étoiles fort séduisantes au regard des hommes se situent sur l’écliptique ou de part et d’autre de ce chemin que paraît suivre le Soleil sur la sphère céleste.

La voie tracée par la marche du Soleil dans le champ stellaire est, certes, immatérielle. N’oublions pas qu’elle concerne les apparences. En réalité, ce n’est pas le Soleil qui se déplace sur l’écliptique, mais la Terre, accomplissant autour du Soleil son parcours de 360° en un peu plus de 365 jours et quart (le fameux quart qui nous impose des années bissextiles). Ce temps de retour au point de départ s’appelle en astronomie « révolution sidérale ». L’expression vaut d’être retenue, elle est indispensable à connaître en astrologie. Chaque planète a sa révolution sidérale. Son temps de parcours autour du Soleil est au moins aussi important que le nom de famille ou la marque de fabrique d’un véhicule. Les révolutions sidérales permettent de classer les planètes en rapides ou en lentes, et de comprendre leurs significations astrologiques.

Entre Mercure dont la révolution sidérale est de 88 jours et Pluton qui demande 248 ans et demi pour un tour complet, il est difficile de trouver des points communs. Mercure gouverne, en effet, tout l’univers des idées tandis que Pluton est associé aux grandes préoccupations de l’espèce, à l’au-delà de la vie individuelle.

Nous reparlerons des révolutions sidérales respectives à propos des planètes. En attendant, sachez que nos consoeurs célestes, proches et lointaines, tournent autour du Soleil, dans le même sens et sensiblement dans le même plan. Si vous comparez les planètes à des billes, elles roulent comme on roule place de la Concorde.
En réalité, les différents circuits ne pourraient pas reposer sur une surface identique. Les orbites planétaires ont des inclinaisons différentes. L’orbite de la Lune, par exemple, est inclinée de 5°09’ par rapport à l’écliptique. Il en résulte que si vous pouviez matérialiser l’écliptique par une ligne blanche, en 27 jours de temps, vous verriez la Lune croiser l’écliptique (notez au passage que ce premier lieu de croisement est appelé noeud Nord de la Lune ou Tête du Dragon), vous la verriez ensuite s’élever au-dessus de l’écliptique jusqu’à + 5° d’angle, puis redescendre pour croiser à nouveau l’écliptique (deuxième intersection désignée, cette fois, comme noeud Sud de la Lune ou Queue du Dragon) et, après ce passage, courir vers son minimum au-dessous de l’écliptique, à - 5° d’angle. Ces mesures d’au-dessus et d’en dessous du plan de l’écliptique s’appellent des « latitudes célestes ». Le terme de latitude est beaucoup plus correct que celui de haut et de bas. En effet, la sphère céleste a deux pôles : un pôle Nord céleste et un pôle Sud céleste, qui sont dans la direction du Nord et du Sud géographiques.

La sphère locale, elle, est fixe, avec un haut (le zénith) et un bas (le nadir). Impossible, par conséquent, de les confondre. Chacun de nous est au centre de la sphère locale, un centre qu’il faut réduire à notre oeil d’observateur, ou à notre lunette d’astronome, prolongement ingénieux de nos nerfs optiques.
Au centre de sa sphère locale, votre oeil voit glisser la sphère céleste entraînant astres, étoiles et galaxies. Les astronomes s’intéressent à toute la sphère, les astrologues se passionnent pour les astres et les signes qui, dans la sphère céleste, mettent en vedette une région de 8,5°, de part et d’autre de l’écliptique. C’est la bande zodiacale découpée en 12 signes de 30° chacun. Vous avez bien lu signes et non constellations: les signes découpent le cercle de l’écliptique en secteurs géométriques ou « fenêtres » de 30°, les constellations sont des groupements d’étoiles situés dans la région de l’écliptique. Bien que certaines constellations aient reçu les noms des « signes », il n’est guère possible de se tromper : les signes sont des fuseaux ou fenêtres de dimensions régulières où se déplacent lentement (voir, plus loin, la précession) les constellations, de dimensions irrégulières.

Pourquoi cette étendue de 8,5° de part et d’autre de l’écliptique et pourquoi les constellations ont-elles reçu le nom des signes? Pour ce qui est de l’étendue, reportez-vous aux astres : ils ne cheminent pas exactement comme le Soleil sur l’écliptique; ils sont tantôt un peu plus haut, tantôt un peu plus bas. Ils ont une latitude céleste. Pour contenir ces variations, il fallait concevoir une bande, une ceinture zodiacale plutôt qu’une ficelle zodiacale. Après la découverte de Pluton, d’orbite très inclinée, il y aurait d’ailleurs lieu d’élargir la bande zodiacale jusqu’à 17° pour contenir dans le zodiaque les variations en latitude céleste de cette planète. Mais cette extension n’a plus d’importance depuis les définitions modernes du zodiaque.

Pour les noms communs aux signes et aux constellations, nous allons revenir en arrière avec notre machine à imaginer le passé.

Les signes ont donné aux constellations de l’écliptique les noms qu’ils ont reçus des hommes et des saisons. Encore fallait-il avoir des saisons et vivre au grand air... Nous avons des saisons parce qu’il existe entre la voie solaire (ou l’orbite terrestre) et l’équateur céleste une inclinaison de 23,45°. Cela suffit à créer des saisons. Sans cet angle, l’écliptique et l’équateur céleste seraient dans le même plan. Que se passerait-il?
Le Soleil, tout au long de l’année, se lèverait invariablement et exactement à l’est pour se coucher fidèlement et exactement à l’ouest de nos horizons. Les directions est et ouest prises dans le plan de l’horizon sont des azimuts que l’on compte en angles à partir de la direction nord ou sud. Autres conséquences: les durées du jour et de la nuit seraient uniformément égales à 12 heures pour toute la Terre et à longueur d’année. Chaque jour, à midi, le Soleil dominerait sans varier sa hauteur de la veille. Celle-ci ne dépendrait que du lieu (latitude géographique) de l’observation. Les heures du lever et du coucher solaires n’auraient guère plus de fantaisie. Bref, la vie sur Terre serait monotone.

Le zodiaque est saisonnier grâce à la vertu cosmique de cet angle de 23,5° créant les quatre grandes périodes de l’année. En effet, par rapport au plan de l’équateur céleste:

Au printemps (équinoxe)

Hauteur ou déclinaison du Soleil

En été [solstice]

hauteur ou déclinaison du Soleil

+ 23,5°

A rautomne (équinoxe]

hauteur ou déclinaison du Soleil

0°

En hiver [solstice]

hauteur ou déclinaison du Soleil

- 23,5°

Nouveau printemps

hauteur ou déclinaison du Soleil

Faites un pas avant dans la logique et l’abstraction : ce sont les variations en hauteur équatoriale — autrement dit les déclinaisons — qui font les saisons. Dans notre hémisphère, ces variations entraînent les saisons que vous connaissez. Dans l’hémisphère Sud, les variations demeurent mais les saisons sont « théoriquement» inversées : l’hiver est notre été, dit-on... sauf que ce n’est pas le même hiver qu’en hémisphère Nord, et que notre été n’est pas celui de l’hémisphère Sud. Aux latitudes géographiques extrêmes, le Soleil joue toujours à la balançoire mais il n’y a plus de saisons marquées. Le zodiaque des saisons ne pouvait pas se manifester clairement n’importe où: son berceau se situe dans le sud de la Mésopotamie, dans une région qui englobait le pays de Sumer et d’Accad où se fonda plus tard l’empire de Babylone.

Sans les saisons, nous ne saurions rien du zodiaque. Il était normal de célébrer les grands moments de l’année et de donner aux signes qui leur correspondent des symboles en rapport avec les effets du Soleil sur la nature, les activités humaines, le temps, la durée de la lumière, etc.

Chez les Sumériens, le premier de l’an était lié à la fête du printemps. Le Bélier ouvre la marche du troupeau et des mois à suivre. Le symbole tombe à point. D’aucuns y retrouvent le retour vigoureux de la chlorophylle. Chez les Grecs, le Bélier s’envole, évoquant la montée du Soleil au-dessus de l’équateur céleste. Le symbole du Crabe ou de l’Écrevisse qui s’est précisé en astrologie grecque rappelle l’arrêt, puis le recul de la croissance des jours, lorsque le Soleil entre dans ce signe, le 21 ou 22 juin, au commencement de l’été. Le symbole du Lion indique manifestement l’éclat brûlant du Soleil au mois d’août. Le symbole de la Balance, tel qu’il a été retenu, rappelle le retour à l’égalité du jour et de la nuit lorsque commence l’automne. Quant au signe du Capricorne, ceux qui s’interrogent sur la monstruosité de son symbole — une chèvre dont la partie postérieure est enfermée dans une coquille d’escargot marin — oublient à la fois l’imagination et les connaissances astronomiques des Babyloniens. À l’entrée de l’hiver, le Soleil est au « plus bas» (fond marin) mais à l’inverse du symbole de l’Écrevisse marquant le recul, celui de la chèvre marque le moment de regrimper la côte.

En définitive, le zodiaque originel est d’abord solaire. Lorsque le Soleil quitte un signe pour passer au suivant, il découvre et permet l’observation des étoiles du signe qu’il occupait un mois auparavant. Celles-ci se lèvent avant lui... On peut également observer les étoiles qui se couchent lorsque le Soleil se lève et celles qui se lèvent lorsque le Soleil se couche.

D’une façon ou d’une autre, il est possible de lier la position du Soleil sur l’écliptique aux étoiles qui occupent le signe qu’il traverse. En somme, si nous pouvions supprimer la lumière du Soleil en laissant l’astre à sa place, nous le verrions parmi les étoiles du signe... qui se changerait en constellation. Ce genre de métamorphose concerne précisément certains « héros solaires» de la mythologie. Hercule, personnage solaire par excellence, a rempli autant de travaux qu’il y a de signes, mais, pour finir, il a été élevé au rang d’une constellation magnifique. Peu importe qu’elle soit ou non sur l’écliptique: les Anciens nous ont poétiquement signifié les liens du jour et de la nuit, afin de retrouver les signes parmi toutes les autres constellations, quelle que soit la saison et la période de l’année. De jour, il vous suffit de montrer la direction du Soleil pour connaître la direction du signe qu’il occupe : les Gémeaux, si nous sommes au mois de juin. Mais, une nuit de décembre, sans le secours du Soleil, sauriez-vous désigner l’emplacement des Gémeaux, où le Soleil se trouvait six mois auparavant? Oui, si vous avez en mémoire la figure formée par les étoiles dans la zone écliptique du signe.

Les Babyloniens n’étaient pas des gens stupides. S’ils voulaient reconnaître de nuit les signes du zodiaque, il fallait bien qu’ils donnent aux étoiles le nom du signe qu’elles permettaient de retrouver. Qu’auriez-vous fait à leur place ? Il paraît que les astronomes des siècles récents n’ont toujours pas compris cette démarche...
Bien que logiquement fondé, le baptême des étoiles par les phases du Soleil (le cadre porte le nom du portrait) s’est révélé une source de confusion, parce que nos premiers astrologues astronomes ne savaient pas que la durée de l’année solaire (plus précisément, on dit « année tropique ») est plus courte en temps que la révolution sidérale. Si vous préférez, le Soleil n’attend pas d’avoir parcouru 360° pour reproduire le printemps suivant ; il suffit de 360° moins des poussières d’angle : 50 secondes 26 dixièmes. Ce n’est vraiment pas beaucoup, mais au bout de 72 ans, ce recul accumulé vaut 1° d’angle, et au bout de 2100 ans environ, par rapport aux étoiles, lorsque le Soleil marque l’instant du printemps terrestre, le recul est de 30° : les constellations ont changé de fenêtre. Les étoiles-repères du signe du Bélier sont toutes entrées dans la fenêtre du signe des Poissons. Elles amorcent leur entrée dans le signe du Verseau, pour ouvrir l’ère du Verseau, à savoir une suite de 2 100 printemps qui se produiront avec le Soleil dans la direction des étoiles qui servaient à repérer le signe du Verseau lorsqu’on a donné le nom des signes aux constellations.

Pour ceux qui estiment que rien n’arrive au hasard, les étoiles ont été baptisées au moment voulu par la Providence et les constellations ont, par conséquent, l’influence du nom qu’elles portent. Pour les autres, ce sont des repères démodés et trompeurs. On pense que les Babyloniens auraient été les premiers à le reconnaître..., tout en conservant les noms d’origine. Avant l’ère du Verseau dont la date est approximative, les astrologues avaient unanimement adopté cette solution, qui impose simplement de savoir de quoi l’on parle. Aujourd’hui, certains sont « pour » le zodiaque des signes, d’autres « pour» celui des constellations...

Entre les deux, ne comptez pas sur les astronomes pour éclairer le débat. Ils font comme si les astrologues ignoraient tout de la précession des équinoxes dont je viens de vous donner l’idée principale. Considérant que les constellations se sont déplacées depuis les temps babyloniens, ils en déduisent brillamment que les signes n’ont plus l’influence qu’on leur prête, en oubliant de dire à leurs lecteurs que les astrologues se sont toujours fondés sur le zodiaque des signes, tout en connaissant parfaitement son décalage avec le zodiaque des constellations.

Jean-Pierre Nicola

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